samedi 3 janvier 2009

Un cri dans la nuit

Meilleurs voeux à tous pour 2009

Je me lève, révéillé par les voisins qui discutent depuis des heures.
Ils affûtent des grands couteaux sur une pierre.
Je m'assoies à table, sans allumer la lumière.
Il n'est pas encore 4h du matin.
Quelques minutes plus tard, le quartier est plongé dans le noir.
La Jirama* a coupé le courant.
Des cris puissants et aigus, qui s'étouffe peu à peu. Mon voisin vient d'égorger son cochon.
Les chiens aboient.
Les enfants se réveillent quelques instants.
Les trois hommes parlent toujours, à l'extérieur. Ils plaisantent et rigolent.
Le quartier semble se rendormir, plongé dans le noir, sauf moi avec ma lampe de poche posée sur la table et un coca-efféralgant dans la main.

Cette nuit, beaucoup de porcs se sont fait égorgés.
Nous sommes le 1er janvier.
La vente de la bête, pour la fête du nouvel an, ramènera un joli pécule à son propriétaire.




Nous avons fêté le nouvel an ce 1er janvier. Ici tout le monde est "mamou" (bourré).
Même certains enfants picolent du punch coco ou du betsabetsa** dérobé sous les yeux des parents impassibles.
Le soir, tout le monde dort dans la maison. Le confort n'est pas important, l'alcool fait le reste.
J'observe et je photographie.



Ceci est sans doute mon dernier post depuis ici.
J'ai mal partout, je suis fiévreux.
J'ai fait presque 8000 photos.
Je me demande si mon chef me donnerait 1 mois de vacances.
J'ai vraiment besoin de me reposer.




renvois :
*Jirama : équivalent de l'EDF.
**betsabetsa : alcool de canne à sucre. Ici, on l'achète au seau, pas à la bouteille.

intérieurs

De l'eau froide.
Je fais couler de l'eau bien froide sur ma tête et sur mon corps.
Un régal.
6h30 du matin, le soleil commence à monter à l'horizon et une forte chaleur s'installe, accompagnée d'une importante humidité dans l'air.
Nous sommes à la période la plus chaude de l'année.
Lorsque le soleil est au zénith, les gens cherchent de l'ombre et se reposent.

Je bois chaud.
Je bois du Coca bien chaud.
Qui a dit que cette boisson devait se boire fraîche ?
Lorsque l'on a rien, ou presque, un Coca chaud est un plaisir que l'on savoure.
Je suis dans une maison de cultivateurs de vanille, sous un toit en tôles qui renvoit jusqu'au sol des rayons de chaleur.
Je me pose tous les jours la même question : pourquoi n'isolent-ils pas les plafonds et les murs ?Et toujours la même réponse me vient à l'esprit :
pas le temps, pas les moyens, pas envie de s'embêter.

intérieurs

Durant deux jours, je suis parti en brousse pour constituer une série de portraits.
Après en avoir réalisé une auparavant, au début de l'année 2008, j'ai réalisé qu'il me fallait aussi montrer l'intérieur des maisons qui révèle la personnalité de ces gens.


J'en profite pour vous montrer de la vanille :
Les petites tiges sont de la vanille Bourbon, d'une excellente qualité.

Les grandes tiges sont de la vanille Mexique (qui vient du...).
Elles est énorme, n'a pas beaucoup d'odeur et devinez quoi ? Et bien, à force de se voir acheter la vanille 8€ le Kg, les cultivateurs s'intéressent de plus en plus à cette merde.
Plus grande, plus lourde, plus d'argent dans la poche.
Merci les marchés mondiaux !



Aïe aïe aïe Tourista - Jamais 2 sans 3

Mon fils a été fortement malade la semaine dernière.
Allers-retours chez le médecin et à l'hôpital tous les jours.
5 jours de souffrances pour un petit qui ne comprend pas ce qui lui arrive...
En cause ? De l'eau du puit non bouillie correctement, des fruits mangés sans être pelés, une hygiène dans la cuisine qui laisse à désirer.
Ici, il y a un conflit depuis près d'un mois. Je tente d'installer un minimum d'hygiène, sachant que nous, les vasaha*, nous n'avons que bien peu de défenses immunitaires contre l'eau et les parasites présents dans la nourriture.
Faire bouillir de l'eau pendant 20mn minimum semble incompréhensible, hors norme.
Ici, un enfant pèle une mangue avec ses dents, pas un couteau. Laver un fruit après l'avoir pelé ? Pourquoi ?
Les gens, ici, disent que tomber malade est une fatalité, que ça arrive à tout le monde.Difficile de changer la conscience de gens** qui, la nuit tombée, mettent un balai retourné devant la porte pour que les voleurs ne rentrent pas.

Faire bouillir l'eau plus de quelques minutes entraine des railleries à mon encontre... Jusqu'à ce que Christo hurle de douleur. La maison se vide, on arrête de rigoler.Un médecin parle de gastro, un autre lâche le mot grippe, je pense à renter en France d'urgence.Christo se remet 5 jours après.La cuisine est maintenant un peu plus propre, les préparation sont surveillées de près.

Il reste tant à faire...



Ca me rappelle une histoire vraie à Antsirabé.J'avais lu dans un guide touristique et sur Internet qu'il fallait éviter un restaurant à Antsirabé. Il y avait pas mal de clients qui attrappaient des gastro (2003).Lorsque j'ai passé quelques jours dans cette ville, en oct 2003, j'ai remarqué que le restau en question était fermé. Après avoir questionné l'entourage, il m'a été confié que le patron était mort intoxiqué par l'insalubrité de sa cuisine.Vous appellez ça de la fatalité ?


Renvois :

*vasaha, l'étranger blanc
**Les cultivateurs, dans cette région, sont excentrés. Ils reçoivent un peu d'informations, mais n'ont que peu de conscience du monde qui les entoure. Pas le temps, pas les moyens. On est loin des habitants de la capitale qui ont accès à (presque) tout (Encore que...).