"Les Ancêtres sont sacrés.
Ils nous voient et veillent sur nous.
Nous demandons toujours à Dieu et aux Ancêtres en même temps.
Nous les invoquons avec des prières et des voeux pour qu'ils nous aident ici-bas.
On ne peut pas oublier les Ancêtres."
Un village, presque au bout d'une piste de terre rouge.
Le temps est maussade, il va bientôt pleuvoir.
Nous sommes dans le pays de la vanille.
Ici, les gens se préoccupent de manger.
L'or noir ne rapporte plus, malgré sa grande qualité.
Les gens ont faim. Ils créent de nouveaux champs et cultivent du riz. Le plus possible.
C'est la saison des cultures sur brulis (on une forêt et on brûle pour planter)
Elever des cochons est courant, maintenant. Il y en a partout, c'est surprenant.
Famadihana*
Des hommes portent deux cercueils d'env. 80cm de long chacun. Ils sont suivis par des dizaines de membres et d'amis de la famille. Tout le monde chante. La procession se rend au cimetière, bien en dehors du village.Mon inconscient me rappelle sans cesse que ça pourrait être des cercueils d'enfant, mais il n'en est rien.

Une fois arrivés sur le domaine des défunts, les gens s'installent comme ils peuvent autour des cercueils de deux parents. A Madagascar, on n'enterre pas les corps. On ne les brûle pas non plus. Ils sont installés en hauteur et abrités par une tôle.
Les anciens de la famille sont devant, ainsi que les prieuses, qui officient en premier.Quelques boissons (Punch coco et soda) sont distribuées.

Le plus ancien de la famille invoque le défunt. Il demande prospérité et protection.
D'autres anciens font un kabaro (discours).
Les hommes** retirent les cercueils, Ils les déposent au sol et les ouvrent.Des lamba*** sont tenus de manière à cacher la scène aux femmes**.Tout les vieux textiles sont jetés dans la forêt.Les os et le crâne sont arrangés d'une certaine manière. L'argent et les objets personnels sont soigneusement remis près du crâne.Les restes sont enveloppés dans un nouveau lamba*** spécial pour l'occasion, puis placés dans les nouveaux cercueils. On y rajoute un autre lamba simple et des vêtements (chemise et pantalon du dimanche). Les nouveaux tissus sont légèrement entaillés avec une machette pour simuler une usure****

On continue à boire et à chanter.Lorsque les nouveaux cercueils sont replacés et les anciens détruits (les planchent sont recyclées sur place si besoin), la cérémonie prend fin. Tout le monde repart et deux anciens ferment la marche.
A l'aller et au retour, nous traversons le rivière. En quittant le cimetière, pour ne pas garder des entités accrochés à soi (pour ne pas être possédé), il est important de bien se laver les mains, le visage et de jeter de l'eau par-dessus la tête.

La journée se passe dans un air de fête, avec des chants et des prières, sans oublier les kabaro (discours) et beaucoup de musiques malgaches.Après la cérémonie, nous mangeons ensemble et les jeunes vont acheter du betsabestsa (alcool de canne à sucre). Lorsque le taux d'alcool dans le sang a pris son rythme de croisière, les invités dansent près d'une sono reliée à un groupe électrogène. Avant la nuits, chacun rentre chez soi, excepté ceux qui viennent de loin, qui seront hébergés pour la nuit.

Renvois :
*Famadihana : Faussement traduit en français par : Retournement des morts.Le traducteur originel de ce mot a dû causer pas mal de retournements de morts dans leurs tombes, mais c'est seulement par le non-sens de cette traduction. Il n'y a pas de mot en français pour définir cette cérémonie.
Cérémonie qui consiste :- à invoquer un ancêtre,- à renouveler le cercueil d'un défunt, - à changer la natte, les tissus et les vêtements- à nettoyer les restes du défunt pour les replacer dans le nouveau cercueil.
**Par respect pour le défunt :Si l'ancêtre est une femme, les hommes n'ont pas le droit de regarder.Si l'ancêtre est un homme, les femmes n'ont pas le droit de regarder.
*** Lamba : tissu couramment utilisé se couvrir (paréo). Certains de ces textiles sont dans une matière ou d'une confection différente et sont réservés pour les cérémonies (lambamena).
****Il y a des voleurs qui pillent les tombes pour récupérer et revendre leur contenu. En entaillant les vêtements, on limite la valeur de revente.
Note :
Les traditions varient d'une région à l'autre du pays. Nous sommes ici dans la SAVA, au nord est de Madagascar. Je prie les malgaches de bien vouloir ne pas s'irriter de certaines faussetées ou erreurs dans ce cours résumé.
Ici, les gens boivent à pleines gorgées l'eau du puit. Ben oui, après tout, je n'ai qu'a pas être si fragile. Roh les vasaha, alors !Bon bon, il n'empêchent que tous les jours, des gens meurent à cause de l'insalubrité des eaux.Nous avons continué à discuter, durant plusieurs jours, sur l'intérêt de faire bouillir l'eau 20mn minimum. Rien à faire. Ils ont compris l'intérêt de nous garder, Christo et moi, en bonne santé. C'est déjà un bon début.
Ensuite, il faudra trouver un moyen pour filtrer l'eau avant sa préparation. Mais pas tout d'un coup...J'ai des comprimés pour purifier l'eau, mais on croirait boire l'eau de la piscine (fort goût de chlore). Je les utilise pour une question de survie. Dès que j'y ai accés, j'achète de l'eau en bouteille.